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Suite du mémoire : Analyse Partie I

 

 

LAURA d’Otto PREMINGER

MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES - ESRA option cinéma - 1995

Agnès SERVENIERE

Correcteur : Jean-François Tarnowski

 

 

INTRODUCTION

 

1) LE FILM

"LAURA" possède, dans le genre du film noir, une place privilégiée ; de par son intrigue, son esthétique, ses personnages complexes et cyniques, typiques de ce courant, et de la qualité du film, mais aussi grâce à son originalité et à son thème principal. "Laura" est, au fond, l’histoire de la rivalité entre deux hommes, de tempéraments et de personnalités opposées, subjugués par la même femme au point de la modeler à leur propre convenance et de perdre totalement le sens des réalités à son contact.

"LAURA" a été réalisé et produit par Otto Preminger en 1944, d’après le roman homonyme de Vera Caspary. La brillante distribution est tenue pas Gene Tierney (Laura Hunt), Dana Andrews (Mark MacPherson), Clifton Webb (Waldo Lydecker), Vincent Price (Shelby Carpenter), Judith Anderson (Ann Treadwell), Dorothy Adams (Bessie Clary)... La lumière est signée par le chef opérateur Joseph LaShelle.

 

2) L’HISTOIRE

L’inspecteur Mark MacPherson enquête sur le meurtre de Laura Hunt et va interroger son protecteur, Waldo Lydecker, une personnalité de la radio. Après quelques questions de routine, Lydecker décide d’accompagner l’inspecteur dans ses visites aux proches de Laura et néanmoins suspects.

Ils se rendent d'abord chez Ann Treadwell, la tante de Laura, qui est amoureuse de Shelby Carpenter, le fiancé de celle-ci. Shelby, présent chez Ann, est aussi interrogé. Son sens de la dissimulation et son charme ne le protège pas des attaques de Waldo. L’inspecteur MacPherson apprend que le mariage entre lui et Laura n’était pas encore décidé, Laura voulait y réfléchir.

Shelby, Waldo et MacPherson visitent ensemble dans l’appartement de Laura Hunt, ce dernier laisse les deux autres se disputer en s’accusant mutuellement du meurtre : Shelby a en effet dissimulé qu’il possédait la clé de l’appartement.

MacPherson et Waldo déjeunent dans un restaurant où Waldo raconte Laura comme sa création et comme sa propriété, se servant de son esprit acéré pour écarter d’elle tout prétendant. Laura s’était pourtant fiancée à Shelby, lequel d’une honnêteté plus que douteuse s’attirait les foudres de Lydecker. Laura devait donc partir en week-end afin de faire le point, après la révélation d’une possible aventure entre Shelby et Diane Redfern, une mannequin.

Au fur et à mesure de ses investigations, MacPherson est fasciné par la personnalité de Laura.

Il se rend chez elle un soir et devient totalement envoûté par son portrait. Il se met à boire et s’endort. Lorsqu’il se réveille, Laura est là. Elle était, dit-elle, à la campagne. Quant au cadavre, c’est celui de Diane Redfern.

Dès le départ de l’inspecteur, Laura téléphone à Shelby qui lui donne rendez-vous. MacPherson et un policier les suivent, Laura retourne chez elle, mais Shelby se rend à la maison de campagne de Laura pour faire disparaître son fusil. Il est surpris par l’inspecteur à qui il raconte la soirée du meurtre : c’est lui qui avait amené Diane chez Laura pour y avoir une explication avec elle, la porte a sonné, Diane est donc allée ouvrir et à reçu le coup de fusil fatal. Shelby s’est ensuite enfui.

MacPherson va chez Laura le lendemain matin, pour analyser les comportements des différents suspects à la vue de Laura vivante. Bessie Clary, la femme de charge de Laura, réagit plutôt normalement. Waldo, lui, tombe dans les pommes. L’arrivée de Shelby provoque la jalousie de MacPherson, puisqu’à première vue Laura est toujours sa fiancée.

Une fête en l’honneur du retour de Laura est organisée, au cours de celle-ci, MacPherson arrête Laura pour le meurtre de Diane. Ils se retrouvent tous deux au commissariat, pour un interrogatoire. MacPherson à demi-mot, avoue son amour à Laura, qui ne le repousse pas. Il la raccompagne chez elle, puis se rend chez Waldo, celui-ci étant absent, l’inspecteur entre par effraction et découvre dans une horloge une cache secrète : il se souvient alors que se trouve chez Laura une pendule identique.

Waldo se trouve chez Laura et essaie de la convaincre de la médiocrité de l’inspecteur (comme il l’avait fait pour Shelby), mais elle le repousse, puis le renvoie lorsque MacPherson arrive. Celui-ci, Waldo parti, ouvre la pendule et y découvre l’arme du crime. Il s’en va pour aller arrêter Waldo qui n’est, en fait, pas sorti de l’immeuble. Alors que Laura se prépare à aller se coucher Waldo apparaît le fusil à la main et lui explique qu’il va la tuer. MacPherson sauve in extremis Laura.

 

3) LA MISE EN SCENE

La première remarque sur la mise en scène rend compte de la grande fluidité de celle-ci sur l’ensemble du film.

La majorité des mouvements de caméra : travelling, panoramiques, plan à la grue, sont invisibilisés par les mouvements et les déplacements des personnages dans le cadre.

Les raccords prennent en compte les différentes règles sur l’enchaînement des plans, et la plupart du temps les différences entre les échelles de plans sont minimes (elles varient beaucoup plus à l’intérieur d’un même plan suivant les déplacements des acteurs dans la profondeur de champ, et selon les mouvements de caméra).

Les rapports entre les personnages sont souvent représentés au cadre selon l’importance et la place qu’ils occupent dans celui-ci. Leur influence ou leur supériorité sur d’autres personnages peut aussi passer par des mouvements de caméra qui font sortir du champ ces derniers, puis rentrer, au gré des affrontements. Il est désormais établi que le protagoniste dont la caméra suit les déplacements est prépondérant par rapport aux autres (soit pour montrer sa puissance, soit pour montrer sa faiblesse).

Tout le classicisme de la mise en scène ne rend que plus fortes les transgressions : les mouvements de caméra dans le "vide", les raccords dans l’axe...

Le son a, maintes fois, l’avantage sur l’image : les deux récits en off de Waldo, les évènements sonores avant d’être à l’image comme l’arrivée de Laura dans son appartement (à son retour de la campagne) ou comme la présence de MacPherson dans la maison de campagne alors que Shelby cache le fusil, et surtout la musique placée tout au long du film.

On peut aussi remarquer la totale adéquation de la lumière à l’ensemble du film, variant depuis une certaine douceur jusqu’à un grand contraste du noir et blanc (l’intérieur de la maison de campagne, la scène de l’interrogatoire de Laura au commissariat, le retour de Waldo dans l’appartement de Laura alors qu’il projette de la tuer "une nouvelle fois"...)

 

 

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® Agnès Servenière